Chaque automne et hiver, le même scénario se répète dans les écuries :
« J’ai découvert des croûtes sur les paturons de mon cheval ce matin, c’est grave ? »
« La gale de boue revient systématiquement dès qu’il pleut, comment l’éviter ? »
« J’ai tout essayé mais rien ne fonctionne durablement, que faire ? »
Si vous êtes propriétaire ou responsable d’un cheval, vous connaissez certainement cette frustration. La gale de boue est l’une des affections cutanées les plus fréquentes chez les équidés, particulièrement redoutée pour son caractère récidivant et la douleur qu’elle provoque.
Sur GaleDeBoueCheval.fr, nous avons rassemblé l’expertise de vétérinaires, maréchaux et propriétaires expérimentés pour vous proposer un guide complet, pratique et actualisé. Notre objectif : vous donner toutes les clés pour comprendre, traiter et surtout prévenir cette affection qui gâche le quotidien de tant de chevaux.
Comprendre la gale de boue : causes et mécanismes
Qu’est-ce que la gale de boue exactement ?
La gale de boue, également appelée dermatophilose ou dermatite du paturon, est une inflammation cutanée qui touche principalement les membres inférieurs des chevaux. Contrairement à ce que son nom suggère, il ne s’agit pas d’une gale parasitaire mais d’une dermatite d’origine multiple.
Cette affection se développe lorsque plusieurs facteurs se combinent pour fragiliser la barrière cutanée naturelle du cheval.
Les causes principales de la gale de boue
Facteurs environnementaux
- Exposition prolongée à l’humidité et à la boue
- Sols mal drainés ou crottins non ramassés
- Alternance gel/dégel qui fragilise la peau
- Litière souillée ou paillage insuffisant
Agents infectieux
- Dermatophilus congolensis (bactérie principale)
- Staphylocoques et streptocoques
- Champignons et levures opportunistes
- Parasites cutanés (plus rarement)
Prédispositions individuelles
- Chevaux à peau dépigmentée (balzanes blanches)
- Races à fanons épais (Frisons, Tinkers, Shire…)
- Système immunitaire affaibli
- Antécédents de dermatite
- Mauvaise circulation lymphatique
Les symptômes à identifier rapidement
Stade initial
- Rougeurs discrètes au niveau des paturons
- Peau légèrement suintante ou humide
- Sensibilité accrue au toucher
- Léger gonflement des membres
Stade avancé

- Croûtes épaisses et adhérentes
- Plaies suintantes malodorantes
- Douleur intense lors de la manipulation
- Gonflement marqué des membres (engorgement)
- Démangeaisons importantes
- Boiterie si les lésions sont profondes
- Perte de poils autour des zones touchées
⚠️ Attention : Sans intervention rapide, la gale de boue peut évoluer vers une lymphangite (infection des vaisseaux lymphatiques), nécessitant un traitement vétérinaire d’urgence.
Traitement de la gale de boue : protocole étape par étape
Étape 1 : Nettoyer avec précaution
Quand nettoyer ? Uniquement si les membres sont très sales. Les lavages répétés entretiennent l’humidité et aggravent le problème.
Comment procéder ?
- Utilisez de l’eau tiède (jamais froide ni chaude)
- Privilégiez un savon doux au pH neutre ou spécialement formulé pour la gale de boue
- Évitez les produits agressifs (javel, Bétadine non diluée…)
- Rincez soigneusement pour ne pas laisser de résidus
Notre recommandation : Un savon saponifié à froid enrichi en huiles végétales (coco, olive) et huiles essentielles apaisantes (lavande) respecte mieux l’équilibre de la peau.

Étape 2 : Sécher méticuleusement
C’est l’étape la plus importante et souvent négligée !
Techniques efficaces
- Tamponnez (ne frottez pas) avec une serviette propre
- Utilisez des gants de séchage en microfibre ultra-absorbante
- N’oubliez pas l’arrière des paturons et les fanons
- Assurez-vous que la peau soit parfaitement sèche avant d’appliquer un soin
💡 Astuce : Les gants de séchage professionnels sont plus efficaces qu’une serviette classique et permettent d’atteindre facilement toutes les zones délicates.

Étape 3 : Ramollir les croûtes (ne jamais les arracher !)
Arracher les croûtes brutalement provoque :
- Une douleur intense pour le cheval
- Des saignements et des plaies ouvertes
- Un risque accru d’infection
- Une méfiance du cheval lors des soins suivants
La bonne méthode Appliquez un soin émollient qui va progressivement ramollir les croûtes et permettre leur détachement naturel sans douleur.

Étape 4 : Appliquer un soin réparateur adapté
Un bon produit contre la gale de boue doit combiner plusieurs actions :
Action antibactérienne et antifongique Pour éliminer les agents pathogènes responsables de l’infection.
Action hydratante et nourrissante Pour restaurer la barrière cutanée et favoriser la cicatrisation.
Protection contre l’humidité Pour créer un film protecteur qui isole la peau de l’environnement.
Ingrédients efficaces reconnus
- Oxyde de zinc (protecteur et asséchant)
- Huiles essentielles de laurier ou tea tree (antibactériennes)
- Miel médical (cicatrisant et antiseptique naturel)
- Cire d’abeille (barrière protectrice)
- Aloe vera (apaisant et régénérant)
- Huile de coco ou de neem (antifongique)
Étape 5 : Consulter un vétérinaire si nécessaire
Quand faire appel au vétérinaire ?
- Lésions étendues ou très profondes
- Gonflement important du membre (lymphangite suspectée)
- Fièvre ou abattement général
- Absence d’amélioration après 7-10 jours de soins
- Boiterie marquée
- Suspicion de gale parasitaire (plusieurs chevaux touchés)
Le vétérinaire pourra prescrire :
- Antibiotiques par voie générale
- Anti-inflammatoires
- Analyses pour identifier l’agent pathogène
- Traitement antiparasitaire si nécessaire
Les solutions naturelles contre la gale de boue
De nombreux propriétaires privilégient des approches naturelles, par conviction ou pour limiter l’usage de produits chimiques.
Le miel : un allié cicatrisant reconnu
Le miel possède des propriétés scientifiquement prouvées :
- Effet antibactérien grâce à la production de peroxyde d’hydrogène
- Stimulation de la cicatrisation et de la granulation tissulaire
- Hydratation qui maintient un environnement favorable à la guérison
- Effet apaisant sur les inflammations
Les miels les plus efficaces sont les miels médicaux standardisés, mais le miel de manuka ou de lavande donnent aussi de bons résultats.
Autres remèdes naturels populaires
Argile verte
- Absorbe l’excès d’humidité
- Apaise les inflammations
- Favorise l’assèchement des plaies → À utiliser en cataplasme, puis rincer et bien sécher
Huile de coco
- Propriétés antifongiques
- Nourrit la peau
- Crée une barrière légère → À appliquer sur peau propre et sèche
Calendula
- Cicatrisant reconnu
- Anti-inflammatoire naturel
- Sous forme de pommade ou d’huile
Vinaigre de cidre dilué ⚠️ Attention : Contrairement à une idée reçue, le vinaigre pur est trop acide et peut irriter davantage les lésions. S’il est utilisé, il doit être fortement dilué (1 volume de vinaigre pour 10 volumes d’eau) et suivi d’un rinçage.
Limites des traitements naturels
Si ces solutions peuvent être efficaces en prévention ou sur des lésions débutantes, elles sont rarement suffisantes seules en cas de gale de boue installée. Il est alors préférable de les combiner avec un soin testé dermatologiquement et, si besoin, un traitement vétérinaire.
Prévention : éviter les récidives de gale de boue
« Mieux vaut prévenir que guérir » n’a jamais été aussi vrai ! La prévention reste la meilleure stratégie contre cette affection récidivante.
Gestion de l’environnement
Améliorer le drainage
- Créer des zones surélevées dans les paddocks
- Installer des graviers ou copeaux dans les zones de passage
- Éviter les abreuvoirs qui débordent
- Curer régulièrement les zones boueuses
Adapter l’hébergement selon la météo
- Rentrer les chevaux sensibles lors de périodes très humides
- Offrir un abri sec accessible en permanence
- Utiliser une litière abondante et propre
- Éviter les sols en terre battue qui retiennent l’eau
Soins quotidiens préventifs
Inspection régulière
- Vérifier l’état des membres chaque jour
- Être particulièrement vigilant après la pluie
- Surveiller l’apparition de rougeurs ou d’humidité persistante
Séchage systématique
- Sécher les membres après chaque sortie sous la pluie
- Bien sécher après le travail (sudation)
- Ne jamais laisser les membres humides la nuit
Application d’un soin barrière En période à risque (automne/hiver), appliquer préventivement un baume protecteur qui crée un film imperméable.
Gestion des fanons
Pour les races à fanons abondants :
- Raccourcir légèrement les fanons (ne pas raser complètement)
- Les brosser régulièrement pour éviter l’accumulation d’humidité
- Les sécher particulièrement soigneusement
Renforcement de l’immunité
Un cheval en bonne santé résiste mieux aux infections :
- Alimentation équilibrée et de qualité
- Compléments alimentaires si nécessaire (vitamines, oligo-éléments)
- Vermifugation à jour
- Gestion du stress
- Exercice régulier
Idées reçues et erreurs à éviter
❌ « Il faut laver les membres tous les jours »
FAUX : Les lavages répétés ramollissent la peau et entretiennent le problème. Ne laver que si vraiment nécessaire.
❌ « Il faut arracher les croûtes pour que ça guérisse »
FAUX : Les croûtes protègent la peau en cours de cicatrisation. Les arracher crée des plaies ouvertes et fait très mal au cheval.
❌ « La gale de boue est contagieuse »
PARTIELLEMENT VRAI : La gale de boue classique n’est généralement pas contagieuse car elle résulte d’une fragilité individuelle face à l’environnement. Cependant, si plusieurs chevaux au même endroit développent des symptômes simultanément, il peut s’agir d’une gale parasitaire (comme la gale chorioptique) qui, elle, est contagieuse. Un vétérinaire doit alors intervenir.
❌ « Un produit miracle suffit »
FAUX : La gale de boue nécessite une approche globale : environnement, hygiène, soins adaptés et régularité. Aucun produit seul ne peut tout résoudre.
❌ « Ça guérit en quelques jours »
PARTIELLEMENT VRAI : Les formes légères prises très tôt peuvent s’améliorer rapidement. Mais les formes installées demandent souvent plusieurs semaines de soins assidus, et certains chevaux développent des formes chroniques.
Nos recommandations pratiques
Pour traiter efficacement la gale de boue, nous conseillons une approche en trois axes :
1. Des produits de qualité
Privilégiez des soins testés dermatologiquement ou vétérinairement, formulés spécifiquement pour cette affection. Recherchez des produits qui combinent :
- Action antiseptique
- Protection contre l’humidité
- Nutrition et réparation de la peau
- Ingrédients naturels reconnus
2. Des gestes adaptés
- Nettoyer seulement si nécessaire
- Sécher systématiquement et parfaitement
- Appliquer les soins régulièrement (quotidiennement au début)
- Être patient et persévérant
3. Une vigilance constante
- Surveillance quotidienne des membres
- Adaptation rapide selon l’évolution
- Ajustement de l’environnement
- Consultation vétérinaire si aggravation
En conclusion : la régularité et la prévention, clés du succès
La gale de boue peut sembler décourageante, surtout quand elle récidive année après année. Mais en comprenant ses mécanismes, en adoptant les bons gestes et en utilisant des produits efficaces, vous pouvez significativement améliorer le confort de votre cheval et réduire la fréquence des crises.
Retenez ces trois principes essentiels :
- Agir vite dès les premiers signes
- Sécher systématiquement (c’est LA clé)
- Prévenir plutôt que guérir en période à risque
Chaque cheval est unique, et ce qui fonctionne pour l’un peut nécessiter des ajustements pour un autre. N’hésitez pas à tenir un journal de bord pour identifier les facteurs déclenchants chez votre cheval et affiner votre stratégie de prévention.
FAQ : Vos questions les plus fréquentes
Combien de temps dure le traitement ? Pour une gale de boue légère prise rapidement : 1 à 2 semaines. Pour une forme installée : 3 à 6 semaines, parfois plus. La constance est essentielle.
Peut-on monter un cheval qui a la gale de boue ? Cela dépend de la gravité. Si le cheval boite ou montre des signes de douleur, mieux vaut lui accorder du repos. Consultez votre vétérinaire.
Faut-il isoler un cheval atteint ? Ce n’est généralement pas nécessaire, sauf suspicion de gale parasitaire confirmée par le vétérinaire.
Les guêtres peuvent-elles aider ? En prévention, des guêtres imperméables peuvent protéger lors des sorties. Mais attention : elles ne doivent jamais être posées sur une peau humide ou lésée, car elles créeraient un environnement propice à l’aggravation.
Mon cheval a toujours de la gale de boue, est-ce normal ? Certains chevaux sont prédisposés (peau claire, fanons épais, terrain marécageux). Une gestion préventive stricte peut néanmoins réduire drastiquement les épisodes. Si malgré tous vos efforts le problème persiste, un bilan vétérinaire approfondi (allergies, troubles immunitaires) peut être utile.
Le froid aggrave-t-il la gale de boue ? Le froid en lui-même n’est pas le problème, c’est l’humidité associée (pluie, neige fondue, boue gelée). Un temps froid et sec pose généralement moins de soucis.